CHAPITRE SEPTIEME : IL EST MORT

Je fus réveillé à sept heures moins vingt par William, le majordome de mon père. Il attendit que mon regard se fixe sur lui, puis, de sa voix grave, il prononça une courte phrase. Cette phrase, issue du grand livre du protocole et de l’étiquette, me laissa interdit :

— « Votre père nous a quittés. »

Mon père avait une horloge interne réglée comme du papier à musique. Tous les matins, sans exception, il prenait son petit-déjeuner à six heures, au plus tard à six heures dix.

Ce matin-là, William commença à s’inquiéter au quart. À la demi, il monta et découvrit mon père endormi — mais froid. Il était mort dans son sommeil ; il ne s’était même pas agité dans ses derniers instants.

Je demandai à William d’appeler le docteur Daumin, notre médecin de famille, afin qu’il constate le décès. Le docteur arriva dans l’heure et confirma ce qui ne pouvait être nié.

Un appel aux pompes funèbres, une publication dans les journaux locaux : les obsèques auraient lieu dans neuf jours. Je contactai le président de la Sorbonne qui, naturellement, prit en charge l’annonce auprès du monde universitaire.

Je fis embaumer mon père, et son corps fut exposé dans la grande salle. Les visites se succédèrent jusqu’à la mise en bière. Les funérailles furent célébrées en l’église de la Chapelle-Gaudin. Bien que de belle taille, elle ne put contenir l’immense foule.

Les obsèques furent sobres et émouvantes. Plusieurs personnalités, dont le président actuel de la Sorbonne, firent les éloges de mon père. Ils insistèrent sur la place que le marquis d’Aispigner avait prise dans le prestige de la faculté. Le corps de mon père fut inhumé dans notre caveau de famille, sous la chapelle du château.

Aux obsèques succéda une réception sobre et chaleureuse. Elle était tout autant destinée à rendre hommage aux souvenirs de mon père qu’à permettre à ses anciennes relations de se retrouver entre elles.


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